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Conseil

Petites mouches dans le terreau : les sciarides, et comment les sortir

Ces petites mouches sombres de 3 à 4 mm qui courent sur les pots sont des sciarides. Elles ne viennent pas des plantes mais d'un substrat trop humide : voici comment les reconnaître, casser leur cycle et éviter leur retour.

La rédactionPublié le · 6 min de lecture
Mains semant des graines dans la terre

Ces petites mouches sombres qui courent sur la surface des pots et s'envolent mollement dès qu'on approche sont des sciarides, aussi appelées mouches du terreau. Elles ne sortent pas de la plante mais du substrat, et une seule condition explique leur présence : un terreau maintenu humide en permanence. Laisser sécher les premiers centimètres entre deux arrosages, arroser par le bas et poser quelques pièges jaunes suffit à faire retomber une population en trois à quatre semaines.

Reconnaître une sciaride

L'adulte est une petite mouche gris-brun foncé, longue de 3 à 4 mm pour la plupart des espèces, avec de longues pattes et des antennes visibles. Son vol est lent et hésitant. On l'observe surtout en train de courir sur le terreau, sur le rebord des pots ou contre une vitre proche.

La larve est un asticot blanchâtre, translucide, long de 6 mm au maximum, à tête noire. Son corps laisse souvent deviner le contenu sombre de son tube digestif. Elle vit dans les premiers centimètres du substrat et remonte parfois en surface après un arrosage.

Trois confusions sont fréquentes.

  • Les collemboles sont de petits organismes souvent blancs, sans ailes, dont beaucoup sautent lorsqu'on les dérange. Ils participent à la décomposition et ne se traitent pas comme une infestation. La couleur blanche seule ne permet jamais de trancher : c'est l'absence d'ailes et le saut qui les distinguent.
  • Les drosophiles, les mouches du vinaigre, tournent autour des fruits mûrs et de l'évier, pas du terreau. Elles sont plus trapues et souvent ocre, avec des yeux rouges.
  • Les mouches mineuses et les aleurodes se tiennent sur le feuillage, pas sur le substrat, et les aleurodes s'envolent en nuage blanc quand on secoue la plante.

Une photo rapprochée, prise au téléphone en mode macro, suffit presque toujours à lever le doute. Ce même raisonnement s'applique aux terrariums, où la microfaune est bien plus variée : notre guide sur les moucherons dans un terrarium détaille le tri entre les organismes utiles et ceux qui posent problème.

Un cycle court, qui se rejoue tant que le substrat reste humide

La femelle dépose ses œufs dans la couche superficielle du substrat. C'est pour cela qu'une infestation semble revenir sans cesse : chaque arrosage abondant remet la surface dans l'état exact que l'espèce recherche.

StadeOù il se trouveDurée indicativeCe qui agit sur lui
ŒufDans les tout premiers millimètres du substratQuelques jours en pièce chaufféeUne surface qui sèche
LarveDans les premiers centimètres, près des racinesUne à deux semainesNématodes, arrosage par le bas
NympheEnfouie dans le substratQuelques joursRien d'accessible
AdulteEn vol, sur le terreau, contre les vitresQuelques jours à une semainePièges jaunes

En été ou dans une pièce chauffée, le cycle complet se boucle en un mois environ. Il s'allonge dans une pièce fraîche. Cette durée donne le bon horizon : une action entreprise aujourd'hui ne se juge pas en deux jours, mais au bout de trois à quatre semaines, quand la génération déjà présente dans le substrat a fini d'éclore.

Corriger l'arrosage, d'abord

Tout le reste est secondaire. Les larves ont besoin d'un substrat humide et riche en matière organique ; un terreau qui sèche en surface entre deux arrosages devient inhospitalier, et la population décroît d'elle-même.

  1. Laisser sécher les deux ou trois premiers centimètres avant chaque arrosage, à condition que la plante le supporte. Une fougère ou un semis fragile n'accepteront pas le même assèchement qu'une plante verte robuste.
  2. Arroser par le bas. Le pot se pose dans une soucoupe remplie d'eau, le substrat boit par capillarité, et la surface reste sèche. L'eau restante se vide au bout d'une vingtaine de minutes.
  3. Vider systématiquement soucoupes et cache-pots. L'eau stagnante invisible au fond d'un cache-pot entretient l'humidité de toute la motte.
  4. Retirer la matière en décomposition. Feuilles tombées, racines mortes, graines non levées : tout cela nourrit directement les larves.
  5. Couvrir la surface, en dernier recours, d'un demi-centimètre de sable grossier ou de gravier fin. La barrière gêne la ponte et l'émergence des adultes. Elle ne remplace pas la correction de l'arrosage, et elle rend la lecture de l'humidité plus difficile.

Encore faut-il savoir si le substrat est réellement trop humide, ce qu'un doigt enfoncé de 5 cm indique déjà, et qu'une sonde mesure de façon comparable d'une fois sur l'autre. Sur une échelle de 1 pour un substrat sec à 10 pour un substrat détrempé, une valeur qui ne redescend jamais en dessous de 5 ou 6 entre deux arrosages explique à elle seule la présence des mouches.

L'ensemble de la méthode d'arrosage est repris dans notre guide arroser ses plantes d'intérieur.

Capturer les adultes, traiter les larves

Les pièges collants jaunes posés à plat ou piqués près du substrat réduisent le nombre d'adultes et, surtout, permettent de suivre l'évolution : un piège remplacé chaque semaine donne une mesure honnête du progrès. Une réserve importante toutefois, rappelée par la Royal Horticultural Society : ces pièges capturent aussi de nombreux invertébrés non ciblés, y compris des prédateurs utiles. Ils s'utilisent en nombre limité, le temps de l'épisode, et se retirent ensuite.

La lutte biologique agit là où les pièges n'atteignent rien, c'est-à-dire sur les œufs, les larves et les nymphes. Trois auxiliaires sont proposés par les fournisseurs spécialisés : les nématodes du sol Steinernema feltiae, des acariens prédateurs et un petit coléoptère, le staphylin Atheta coriaria. Ils s'appliquent dans le substrat, avec l'eau d'arrosage pour les nématodes. Ces organismes ne sont pas strictement spécifiques : les nématodes peuvent toucher d'autres insectes et les prédateurs consomment d'autres petits invertébrés. C'est une raison de les réserver aux situations où des semis ou des boutures sont menacés, plutôt que de les employer par principe.

Le rempotage reste l'option la plus radicale quand une motte est très atteinte. La plante passe dans un terreau neuf, sorti d'un sac encore fermé, et l'ancien substrat rejoint le compost plutôt que d'être réutilisé : avec lui partent les œufs et les larves. Un terreau fin et bien drainant limite par ailleurs le retour du problème, ce que détaille notre comparatif terreau à semis ou terreau universel.

Éviter le retour

  • Garder les sacs de terreau fermés et à l'abri, entre deux utilisations.
  • Isoler et observer les plantes qui arrivent pendant deux à trois semaines, et inspecter la motte avant de les installer près des autres.
  • Ne pas réutiliser un substrat dont sont sorties des sciarides.
  • Laisser le chauffage et l'arrosage cohérents : une pièce chaude et un substrat humide forment le couple qui permet à l'espèce de se reproduire toute l'année à l'intérieur.
  • Juger sur la durée. Une seule journée sans moucheron n'est pas suffisante pour conclure : c'est la tendance sur plusieurs semaines, pièges à l'appui, qui dit si l'épisode est terminé.

La période la plus délicate est celle des semis de fin d'hiver, où tout se conjugue en faveur de l'insecte : des plateaux maintenus humides en continu, une pièce chauffée, un couvercle qui retient l'humidité et des plantules sans défense. La parade est de retirer le couvercle dès la levée, d'arroser les caissettes par le fond et de poser un piège jaune au-dessus de chaque plateau dès le premier semis, pour repérer le début de l'épisode plutôt que son apogée. Un plateau surveillé de cette manière se corrige en quelques jours, quand une infestation découverte trois semaines plus tard coûte souvent la série entière.

Un dernier point mérite d'être rappelé : dehors, les sciarides font partie d'un jardin équilibré et n'y causent aucun dégât. Le problème est celui d'un pot chauffé et arrosé en permanence, pas celui de l'insecte.

Sources

Questions fréquentes

Les sciarides peuvent-elles tuer une plante ?

Une plante installée depuis deux ou trois ans, avec un système racinaire développé, ne risque presque rien : les larves se nourrissent surtout de matière végétale en décomposition et des champignons qui s'y développent. Le risque est réel en revanche pour les semis et les boutures encore tendres, dont certaines espèces de sciarides attaquent les racines ou la base de la tige. C'est donc sur les plateaux de semis qu'il faut réagir vite. Sur une plante adulte, les adultes en vol sont une gêne, pas un danger.

D'où viennent-elles alors que la maison est propre ?

Elles arrivent presque toujours avec un substrat ou une plante. Un sac de terreau ouvert depuis longtemps, une plante achetée en jardinerie ou un pot rentré du balcon contiennent souvent déjà des œufs ou des larves. La propreté de la maison n'a aucun rôle : ce qui les fait proliférer, c'est un substrat constamment humide et riche en matière organique, pas la poussière. Dehors, ces mêmes insectes participent à la décomposition et ne posent aucun problème.

Le liquide vaisselle ou la cannelle fonctionnent-ils ?

Ces remèdes domestiques circulent beaucoup et leur efficacité n'est pas établie. Un substrat arrosé d'eau savonneuse peut par ailleurs abîmer des racines jeunes, et une couche de poudre en surface ne change rien au taux d'humidité en profondeur, qui est la vraie cause. Mieux vaut consacrer cette énergie à corriger l'arrosage, à installer des pièges jaunes et, pour des semis menacés, à utiliser des nématodes. Le résultat est plus lent le premier jour et bien plus solide au bout de trois semaines.

Faut-il jeter la plante et son terreau ?

Rarement, et jamais en premier réflexe. Corriger l'arrosage suffit dans la plupart des cas, parce que les larves ne survivent pas à un substrat qui sèche régulièrement en surface. Le rempotage dans un terreau neuf reste utile quand une motte est très atteinte ou qu'un plateau de semis est en train d'être détruit. Le vieux substrat se met alors au compost plutôt qu'à la poubelle.

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