Accueillir les bourdons : ce qu'ils demandent, et ce qui les tue
Une colonie de bourdons ne dure qu'une saison. Ce qu'il lui faut — des fleurs dès la fin de l'hiver, des coins laissés tranquilles, aucun insecticide — et les gestes de jardin qui la font disparaître.

Dans ce guide
Accueillir des bourdons tient à trois choses : des fleurs dès la fin de l'hiver, au moment où les reines sortent d'hibernation, des coins de jardin laissés tranquilles où une reine peut fonder sa colonie, et un terrain sans insecticide. Ce qui les fait disparaître est tout aussi simple : la tonte rase qui supprime pissenlits et trèfles, les traitements, et le creux de floraison de la fin de l'été. Un abri à bourdons vient après, en complément, et son taux d'occupation reste modeste.
Un insecte social dont la colonie ne passe pas l'hiver
Le bourdon est une abeille sauvage sociale. La France métropolitaine en compte environ une quarantaine d'espèces, du bourdon terrestre, très commun, au bourdon des pierres ou au bourdon des champs. Toutes vivent en colonies annuelles : contrairement à la ruche d'abeilles domestiques, une colonie de bourdons naît au printemps et meurt à l'automne.
Seules les jeunes reines fécondées passent l'hiver, isolées, enfouies de quelques centimètres dans un sol meuble, un talus ou sous une litière de feuilles. Tout le reste de la colonie disparaît en fin de saison. Cette biologie explique deux choses : un nid de bourdons n'est jamais un problème durable, et un coin de terre qu'on retourne en hiver peut détruire des reines endormies sans qu'on le voie.
Le bourdon vole par temps frais et sous faible lumière, ce que peu d'insectes savent faire : il réchauffe ses muscles de vol avant de décoller. Il est donc actif tôt le matin, en altitude, et par temps couvert. Il pratique aussi la pollinisation par vibration, qui libère le pollen de fleurs comme la tomate, l'aubergine ou la myrtille. Enfin, il est très peu agressif : il ne pique qu'écrasé ou saisi.
Le calendrier d'une colonie
| Période | Ce qui se passe | Ce qui aide au jardin |
|---|---|---|
| Fin d'hiver, mars-avril | Les reines sortent d'hibernation et cherchent du nectar puis une cavité | Saules, pissenlits, pulmonaires, lamiers, bruyères, crocus |
| Avril-mai | La reine fonde le nid, pond et couve seule sa première ponte | Ne pas tondre ni débroussailler les zones de refuge |
| Mai-juillet | Les premières ouvrières prennent le relais ; la colonie monte à quelques dizaines ou quelques centaines d'individus | Trèfles, lotier, vipérine, sauges, consoude, framboisier |
| Août-septembre | La colonie produit des mâles et de jeunes reines | Origan, centaurées, knautie, menthes, lierre en fin de saison |
| Octobre-novembre | Les jeunes reines s'accouplent puis s'enfouissent ; la colonie s'éteint | Laisser feuilles mortes, herbes hautes et sol non retourné |
Les dates varient d'un mois environ selon les régions et les espèces, et les hivers doux avancent la sortie des reines.
Des fleurs aux deux moments critiques
Un jardin qui fleurit bien en juin peut rester vide de bourdons. Deux périodes décident de tout.
La fin de l'hiver. Une reine qui sort d'hibernation a épuisé ses réserves et doit se nourrir dans les heures qui suivent. Les saules mâles, les pissenlits laissés en fleur dans la pelouse, les pulmonaires, les lamiers, les bruyères d'hiver et les premiers arbres fruitiers sont à ce moment-là plus utiles que n'importe quel massif d'été.
La fin de l'été. C'est le moment où la colonie fabrique ses futures reines, celles qui feront la saison suivante. Origan, centaurées, knautie des champs, menthes, sarriette, puis le lierre en fleur de septembre à novembre, comblent ce creux.
Entre les deux, on privilégie les fleurs simples, aux étamines visibles, et surtout les légumineuses : trèfles, lotier corniculé, vesces, dont la corolle profonde convient à la longue langue des bourdons. Les variétés horticoles à fleurs doubles sont à écarter, leur nectar étant inaccessible. Le détail des espèces, saison par saison, figure dans le guide quelles plantes pour les pollinisateurs.
Une remarque sur la quantité : un pied isolé de vipérine ne retient personne. Les bourdons butinent par taches, et il est plus efficace de regrouper cinq ou six pieds d'une même espèce que de disperser une collection. Sur un balcon, deux ou trois grandes jardinières bien garnies valent mieux qu'une dizaine de petits pots.
Sur une grande surface, un semis fait le travail à la place d'un massif. La méthode complète est décrite dans semer une prairie fleurie mellifère.
Ce qui les tue
- Les insecticides, y compris ceux vendus pour le jardin d'agrément et les traitements appliqués sur des plantes en fleur. Une reine intoxiquée en avril, c'est une colonie entière qui n'existera pas.
- La tonte rase et fréquente. Supprimer pissenlits, trèfles et lierre terrestre revient à retirer le garde-manger de début de saison. Tondre haut, espacer les passages et laisser fleurir une partie de la pelouse change beaucoup de choses.
- Le grand nettoyage d'automne et de fin d'hiver. Retourner la terre, ratisser toutes les feuilles, raser les bordures : ces gestes détruisent les reines en hibernation et les cavités où elles s'installeront.
- Le creux floral d'août. Beaucoup de jardins n'offrent plus rien entre la fin des rosiers et le lierre. La colonie manque alors de ressources au moment le plus coûteux de son cycle.
- La destruction des nids. Un nid découvert sous un abri de jardin ou dans une haie s'éteindra de lui-même en fin d'été. Le contourner quelques semaines coûte moins qu'un traitement, et les bourdons ne défendent leur nid que de très près.
- La confusion avec le frelon ou la guêpe. Un bourdon est trapu, densément velu, et son vol est lourd et bruyant ; une guêpe est fine, glabre et luisante. La plupart des destructions de nids de bourdons viennent d'une erreur d'identification, alors qu'aucun geste n'était nécessaire.
- Les pièges à guêpes appâtés au sucre ou à la bière, qui noient sans distinction bourdons, abeilles sauvages et syrphes. Un piège posé près d'un massif en fleur fait bien plus de dégâts qu'il n'en évite.
Leur offrir un endroit où nicher
Une reine cherche une cavité sèche, sombre et déjà garnie de matière fibreuse : un ancien terrier de campagnol, une touffe d'herbe dense, le dessous d'un abri de jardin, un tas de bois ou de feuilles, parfois un nichoir à oiseaux inoccupé. Ce dernier point mérite d'être connu avant la corvée d'automne : le nettoyage d'un nichoir se fait après la saison de reproduction, et un nid de bourdons encore actif impose d'attendre, comme le rappelle le guide nettoyer un nichoir.
Les aménagements les plus efficaces ne coûtent rien : une bande d'herbes hautes le long d'une haie, un talus exposé au sud laissé en friche, un tas de branchages au calme, une zone de sol non travaillée. Les abeilles sauvages qui nichent dans le sol en profitent aussi, comme l'explique le guide attirer les abeilles solitaires.
Un abri dédié reproduit ces conditions : chambre garnie de fibres sèches, tunnel étroit qui limite les intrus, bois non traité. Il se pose au sol ou légèrement enterré, à mi-ombre, dans un endroit sec et calme, entrée tournée vers l'est, à la fin de l'hiver, avant la sortie des reines entre mars et avril.
Il faut rester honnête sur le résultat : le taux d'occupation des abris à bourdons est modeste et demande souvent plusieurs saisons. Les chances augmentent nettement avec des fleurs précoces à proximité et un jardin sans pesticides. Une fois l'abri occupé, on n'ouvre pas la trappe d'observation ; le nettoyage et le renouvellement de la garniture se font en fin d'automne, quand la colonie est terminée.
Un bourdon immobile au sol
En fin de saison, un bourdon posé et lent est le plus souvent en fin de vie : c'est normal et il n'y a rien à faire. Au printemps, une reine tombée par temps froid peut en revanche repartir une fois réchauffée. Dans ce cas seulement, quelques gouttes d'eau sucrée déposées sur une surface plate, à côté de l'insecte, suffisent — jamais de miel, qui peut transmettre des maladies aux abeilles sauvages, et jamais d'eau dans laquelle l'insecte risque de se noyer. Le mieux reste de le déplacer doucement, avec une feuille, vers une fleur ou un endroit abrité et ensoleillé.
L'ensemble des abris et des semences pour les pollinisateurs est réuni dans la rubrique Pollinisateurs.
Sources
Questions fréquentes
Les bourdons piquent-ils ?
Très rarement. Seules les femelles en sont capables, et elles ne piquent qu'en cas de manipulation ou d'écrasement. Un nid installé à l'écart des zones de passage peut être laissé en place sans risque particulier, en évitant simplement de se tenir devant l'entrée.
Que faire d'un nid de bourdons dans un abri de jardin ?
Le laisser tranquille. La colonie est annuelle : elle s'éteint d'elle-même à la fin de l'été, et les jeunes reines partent hiberner ailleurs. Il suffit de contourner l'entrée pendant quelques semaines, puis de retirer l'ancien nid une fois la saison terminée.
Pourquoi voit-on des bourdons dès le mois de mars ?
Ce sont les reines fécondées de l'année précédente, qui sortent d'hibernation et cherchent du nectar puis une cavité pour fonder leur colonie. Elles sont plus grosses que les ouvrières que l'on verra ensuite, et volent souvent au ras du sol en prospectant.
Un hôtel à insectes sert-il aux bourdons ?
Non, ou très peu. Les tiges creuses et les bûches percées d'un hôtel à insectes s'adressent aux abeilles solitaires, qui nichent dans des galeries étroites. Les bourdons ont besoin d'une cavité volumineuse et garnie, au sol ou juste au-dessus : c'est un abri d'un autre type.



















