Quelles plantes pour attirer les pollinisateurs, au jardin et sur le balcon ?
Des fleurs locales qui se relaient de la fin de l'hiver à l'automne, des idées pour le balcon, et les plantes envahissantes à ne surtout pas planter.

Dans ce guide
Pour attirer les pollinisateurs, plantez des fleurs sauvages et locales, variées, qui se succèdent de la fin de l'hiver à l'automne. Saules et prunelliers au début du printemps, vipérine, sauges, trèfles et origan en été, lierre à l'automne : c'est la continuité des floraisons qui compte, plus que la surface. Et quelques plantes pourtant très mellifères sont à bannir : certaines sont même interdites en France.
Pourquoi choisir des plantes locales ?
Les plantes sauvages de votre région ont évolué pendant très longtemps avec les insectes qui y vivent. Leurs fleurs sont adaptées à ces pollinisateurs, et certaines abeilles ne récoltent leur pollen que sur un petit groupe de plantes. Une plante exotique peut être très visitée, mais elle ne remplace pas cette relation.
Les plantes locales ont d'autres atouts : adaptées au climat et au sol, elles demandent en général moins d'arrosage et d'entretien. L'Office français de la biodiversité (OFB) porte la marque Végétal local, qui garantit que les graines et les plants viennent de populations sauvages récoltées dans l'une des 11 régions écologiques de l'Hexagone, avec une traçabilité contrôlée.
Pensez aussi aux chenilles. Un papillon a besoin de nectar, mais il lui faut surtout des plantes-hôtes pour pondre. Un coin d'orties au soleil, par exemple, nourrit les chenilles du paon du jour et de la petite tortue.
Des floraisons de la fin de l'hiver à l'automne
Les pollinisateurs ne volent pas tous à la même période. Les reines de bourdons et certaines abeilles sortent dès la fin de l'hiver, quand les fleurs sont rares. D'autres espèces volent en plein été, d'autres encore à l'automne, et doivent faire des réserves avant l'hiver. Un jardin qui ne fleurit qu'en juin laisse ces insectes sans ressource le reste de l'année.
Fin d'hiver et printemps
- Saules, comme le saule marsault : leurs chatons comptent parmi les premières ressources de l'année.
- Prunellier et aubépine : deux arbustes de haie champêtre qui se relaient au printemps.
- Arbres fruitiers : pommiers, poiriers, cerisiers.
- Pissenlit, lamiers, bugle rampante : laissez-les fleurir dans la pelouse et au pied des haies.
Été
- Vipérine : une fleur très visitée, qui aime les sols secs et pauvres.
- Sauge des prés, origan, thym serpolet : faciles au soleil, en bordure ou en rocaille.
- Trèfles, lotier corniculé : de petites légumineuses appréciées des bourdons.
- Centaurées, knautie des champs : pour les abeilles comme pour les papillons.
- Mauve sylvestre, achillée millefeuille, carotte sauvage : robustes, dans une prairie ou une bordure.
- Ronce, en lisière : ses fleurs nourrissent de nombreux insectes, et ses tiges sèches servent de nid à certaines abeilles.
Fin d'été et automne
- Lierre : il fleurit tard, quand presque tout est fané. Une abeille sauvage, la collète du lierre, en dépend pour son pollen.
- Eupatoire chanvrine, en sol frais : très visitée par les papillons.
- Callune, la bruyère commune, sur sol acide.
Quelles plantes pour un balcon ?
Un balcon ensoleillé peut nourrir abeilles et papillons, à condition de choisir des fleurs simples et de les laisser fleurir.
- Des aromatiques : thym, origan, sarriette, romarin, sauge officinale, ciboulette. Ne les récoltez pas toutes avant la floraison.
- De petites plantes de sols secs : lotier corniculé, orpin âcre, vipérine dans un pot profond.
- Des annuelles simples : bleuet sauvage et coquelicot, semés dans une jardinière large.
Groupez les pots : plusieurs pieds d'une même plante offrent davantage de fleurs au même endroit. Et si votre balcon est déjà garni de plantes à massif très sélectionnées, gardez-les, mais ajoutez à côté quelques fleurs simples.
Fleurs doubles et « jachères fleuries » : attention
Chez beaucoup de fleurs doubles, obtenues par sélection, les étamines ont laissé la place à des pétales supplémentaires. Résultat : peu de pollen, et un nectar difficile d'accès. Un bleuet sauvage rend bien plus de services aux insectes qu'un bleuet double.
Méfiez-vous aussi des mélanges de graines vendus comme « jachère fleurie ». Beaucoup sont composés en majorité d'espèces exotiques et de fleurs horticoles : très colorés la première année, ils apportent moins aux pollinisateurs locaux, et certaines espèces exotiques peuvent devenir envahissantes. Lisez la composition, et préférez les mélanges d'origine locale.
La phacélie est un cas à part. Originaire d'Amérique du Nord, elle est souvent semée comme engrais vert au potager, et elle est très appréciée des abeilles. Elle peut compléter les fleurs locales, sans les remplacer.
Quelles plantes ne faut-il pas planter ?
Les espèces interdites en France
Certaines plantes exotiques envahissantes sont réglementées au niveau européen et en France. Il est interdit de les introduire, de les planter, de les transporter, de les vendre, de les acheter, de les échanger ou de les détenir. Plusieurs sont pourtant mellifères, ce qui leur a valu d'être plantées dans des jardins :
- l'asclépiade de Syrie (Asclepias syriaca), dite « herbe à la ouate » ;
- la balsamine de l'Himalaya (Impatiens glandulifera), très visitée par les bourdons, mais qui envahit les berges ;
- la renouée du Japon (Reynoutria japonica), à floraison tardive ;
- la berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum), dont la sève provoque de graves brûlures au soleil ;
- l'ailante (Ailanthus altissima), un arbre à croissance très rapide.
Si l'une de ces plantes pousse déjà chez vous, ne la multipliez pas et ne jetez jamais ses déchets dans la nature. Renseignez-vous auprès de votre commune ou du centre de ressources Espèces exotiques envahissantes pour la gérer correctement.
D'autres envahissantes à éviter
- L'arbre aux papillons (Buddleja davidii) : il est classé espèce exotique envahissante dans l'Hexagone, où il colonise friches, berges et bords de voies ferrées. L'OFB le classe espèce exotique envahissante pour l'Hexagone et recommande de limiter sa propagation ; mieux vaut donc ne pas le planter. Ses fleurs attirent les papillons adultes, mais il ne sert guère de plante-hôte à leurs chenilles.
- Le laurier-cerise : très planté en haie, il est considéré comme envahissant. La LPO conseille de lui préférer une haie d'essences locales.
Où trouver des plantes locales ?
- Les producteurs Végétal local : l'annuaire en ligne de la marque permet de chercher semences et plants par région.
- Les pépinières de plantes sauvages : demandez l'origine des plants et des graines.
- La flore spontanée : laissez pousser ce qui arrive seul, pissenlits, trèfles, lamiers ou ronces en lisière, en surveillant l'apparition d'espèces envahissantes.
Ne prélevez pas de plantes dans la nature : certaines espèces sont protégées, et l'arrachage appauvrit les populations sauvages.
Les fleurs ne suffisent pas : pensez au gîte
Les fleurs ne couvrent qu'une partie des besoins. La plupart des abeilles sauvages nichent dans le sol, d'autres dans des tiges ou du bois mort, et de nombreux insectes passent l'hiver dans la végétation sèche. Laissez un coin de sol nu au soleil, des tiges sèches en hiver, et, en complément, un abri à galeries près de vos fleurs. Notre guide comment attirer les abeilles solitaires détaille ces aménagements.
Pour une grande surface, semer une prairie fleurie est la façon la plus économique d'offrir des fleurs sauvages en quantité. Les abris sont réunis dans la rubrique Pollinisateurs, et notre guide créer un jardin favorable à la biodiversité replace ces plantes dans l'ensemble du jardin.
Sources
- Végétal local, Office français de la biodiversité
- Je plante et préserve des variétés locales d'arbres et d'arbustes, LPO
- Liste des espèces réglementées, Centre de ressources Espèces exotiques envahissantes
- Buddleia du père David (Buddleja davidii), Office français de la biodiversité
- Fleurs sauvages et prairies fleuries pour nos pollinisateurs, guide technique, Arthropologia
Questions fréquentes
Quelle est la meilleure plante pour les abeilles ?
Il n'y en a pas une seule. Les abeilles sauvages volent à des périodes différentes et n'ont pas les mêmes préférences : mieux vaut plusieurs espèces locales qui se relaient du printemps à l'automne qu'une grande surface d'une seule plante.
La lavande attire-t-elle les pollinisateurs ?
Oui, elle est très visitée par les abeilles et les papillons. Elle pousse spontanément dans le sud de la France ; ailleurs, associez-la à des fleurs locales pour ne pas limiter le jardin à une seule floraison d'été.
Faut-il laisser fleurir les pissenlits ?
Oui, si vous le pouvez. Le pissenlit fleurit tôt, quand les ressources sont rares, et nourrit notamment les reines de bourdons à la sortie de l'hiver. Tondez autour plutôt que dessus pendant sa floraison.
Quand planter une haie pour les pollinisateurs ?
En fin d'automne ou au début de l'hiver, dans une terre non gelée : la LPO conseille novembre et décembre. Arrosez copieusement à la plantation, de préférence avec de l'eau de pluie.



















