Attirer les coccinelles, l'auxiliaire qui règle les pucerons
Reconnaître la larve, distinguer la coccinelle à sept points de la coccinelle asiatique, planter les ombellifères qui les font venir et leur laisser un hivernage : comment installer durablement cet auxiliaire au jardin.

Dans ce guide
Les coccinelles viennent d'elles-mêmes dès que trois conditions sont réunies : des pucerons à manger, des fleurs à pollen et à nectar pour les adultes, et un endroit où passer l'hiver. Le geste le plus efficace n'est donc pas d'en acheter, mais d'arrêter les insecticides et de laisser au jardin un coin de feuilles mortes et de tiges sèches. Deuxième geste, tout aussi utile : apprendre à reconnaître la larve, longue, sombre et tachetée d'orange, que l'on écrase trop souvent en la prenant pour un ravageur.
Ce qu'une coccinelle consomme vraiment
La coccinelle à sept points, comme la plupart des espèces indigènes, est prédatrice de pucerons à tous les stades de sa vie. Elle mange aussi des cochenilles, des acariens et des œufs d'autres insectes.
Les chiffres circulent beaucoup et varient énormément. On lit couramment de 50 à 100 pucerons par jour pour un adulte, et plusieurs centaines consommés par une larve au cours de sa croissance. Ces valeurs dépendent de l'espèce, de la température, de la taille des pucerons et de leur abondance : il faut les lire comme un ordre de grandeur, pas comme une performance garantie.
Une conséquence pratique compte davantage que le chiffre : la coccinelle arrive après les pucerons, jamais avant. La femelle pond précisément là où une colonie est déjà installée, parce que ses larves, peu mobiles, doivent trouver à manger sur place. Un jardin sans le moindre puceron au printemps n'aura pas de coccinelles en juin. Tolérer les premières colonies est donc la condition d'un équilibre.
Reconnaître la larve, celle qu'on écrase par erreur
C'est la larve qui fait l'essentiel du travail, et c'est elle que presque personne n'identifie.
| Stade | Aspect | Durée indicative |
|---|---|---|
| Œuf | Petit fuseau jaune orangé, dressé, pondu en paquet de 10 à 50 sous une feuille | 3 à 8 jours |
| Larve | Allongée, gris-noir, hérissée, marquée de taches orange ; 1 à 10 mm selon l'âge | 2 à 4 semaines, en trois ou quatre mues |
| Nymphe | Immobile, arrondie, orange et noire, collée à une feuille ou une tige | environ 1 semaine |
| Adulte | Élytres bombés, colorés ; pâle et sans taches marquées dans les premières heures | plusieurs mois |
Les durées sont données en fourchette parce qu'elles dépendent surtout de la température : le cycle complet prend de quatre à huit semaines en été, davantage par temps frais. Deux à trois générations se succèdent en général dans une saison.
Retenez la silhouette de la larve : un petit alligator sombre, tacheté d'orange, qui circule vite sur les tiges couvertes de pucerons. Elle ne pique pas, ne mange aucune plante, et disparaît au moindre traitement.
Coccinelle à sept points ou coccinelle asiatique ?
Deux espèces dominent aujourd'hui les jardins, et la confusion a des conséquences.
- La coccinelle à sept points, indigène, mesure 5 à 8 mm, rouge à sept points noirs, avec deux petites marques blanches de part et d'autre de la tête. Son dessin est stable.
- La coccinelle asiatique, introduite en Europe pour la lutte biologique puis naturalisée, mesure 6 à 8 mm et se présente sous des formes très variables : orange à noire, de 0 à 19 points, avec souvent un dessin noir en forme de M sur le pronotum blanc. Elle s'agrège en grand nombre dans les habitations à l'automne, et sa concurrence pèse sur plusieurs espèces indigènes.
Conséquence directe : n'achetez pas de larves sans savoir de quelle espèce il s'agit, et ne relâchez jamais de coccinelles asiatiques. Les lâchers d'auxiliaires, même d'espèces locales, restent par ailleurs peu durables au jardin d'agrément : les adultes se dispersent rapidement si la ressource en pucerons et en fleurs n'est pas déjà là. Installer le milieu donne des résultats plus solides que répéter des achats.
Les fleurs qui font venir les adultes
Les coccinelles adultes complètent leur régime de pollen et de nectar, en particulier avant la ponte et à la sortie de l'hiver. Elles recherchent les fleurs plates, à corolles courtes et accessibles.
- Les ombellifères avant tout : aneth, fenouil, coriandre, carotte sauvage, achillée millefeuille. Laissez monter en fleur quelques pieds du potager plutôt que de tout récolter.
- Les fleurs des prairies maigres : centaurée, knautie, marguerite, origan, trèfle.
- La capucine, qui joue un autre rôle : elle attire les pucerons noirs et sert de plante relais où les coccinelles trouvent à pondre, à l'écart des cultures.
- La phacélie, très visitée pour son pollen et son nectar, et facile à semer en bande le long d'un potager.
Elle se sème de mars à septembre, à raison de 1 à 1,5 g/m² à la volée, recouverte d'environ 1 cm de terre ; la levée demande 7 à 10 jours et la floraison arrive six à huit semaines après le semis. En échelonnant les semis, la ressource reste disponible tout l'été. Un point d'honnêteté : la phacélie vient de Californie, ce n'est pas une espèce locale. Pour une base durable d'espèces indigènes, associez-la à un mélange de fleurs sauvages, comme expliqué dans les plantes pour les pollinisateurs et semer une prairie fleurie mellifère. Son usage au potager comme engrais vert est détaillé dans la phacélie en engrais vert.
Où elles passent l'hiver, et pourquoi il ne faut pas tout ranger
Les coccinelles adultes hivernent, souvent en groupes de plusieurs dizaines d'individus, à l'abri du gel et de l'humidité : sous une écorce décollée, dans la litière de feuilles, au creux d'une touffe d'herbe sèche, dans une tige creuse, sous une pierre ou dans un interstice de mur.
Les gestes qui comptent tiennent en quatre lignes :
- Ne pas nettoyer le jardin à fond en automne. Feuilles mortes sous la haie, tiges sèches des vivaces, tas de bois : c'est là que se joue la survie hivernale.
- Laisser un ourlet d'herbes hautes le long d'une haie ou d'un mur, fauché une seule fois par an.
- Garder les écorces et le bois mort plutôt que de les évacuer.
- Ne pas déplacer un groupe hivernant trouvé dans un abri de jardin : il consommerait ses réserves pour rien.
Un hôtel à insectes peut compléter ces abris naturels, à condition de se rappeler ce qu'il est : un appoint, installé au milieu de fleurs, pas un substitut au coin sauvage du jardin.
Ses planchettes à fentes servent de refuge hivernal aux coccinelles et aux chrysopes, pendant que les tiges creuses accueillent les abeilles solitaires. L'emplacement fait tout : façade au sud ou au sud-est, dos aux vents dominants, compartiments les plus bas à environ 1 m du sol, près de fleurs mellifères. Les erreurs de pose les plus courantes sont passées en revue dans bien installer un hôtel à insectes.
Ce qui les fait disparaître
- Les insecticides, sans exception. Le pyrèthre et les pyréthrinoïdes tuent les coccinelles et leurs larves aussi sûrement que les pucerons, et laissent le jardin sans régulation naturelle pour la suite.
- Le savon noir pulvérisé sur une colonie entière. Il est utile en traitement très localisé, mais appliqué partout il élimine aussi les larves d'auxiliaires présentes sur les mêmes tiges.
- L'éradication totale des pucerons, qui prive les coccinelles de leur ressource et de leurs sites de ponte.
- Les fourmis, qui élèvent et protègent activement les colonies de pucerons contre les prédateurs. Une bande de glu posée sur le tronc d'un arbre fruitier, hors période de gel, limite leur accès sans produit.
- Le jardin rasé, sans fleurs sauvages ni zone non entretenue.
L'ensemble des abris et des aménagements pour les insectes auxiliaires est réuni dans la rubrique Insectes.
Sources
Questions fréquentes
Faut-il acheter des larves de coccinelles contre les pucerons ?
C'est rarement le meilleur investissement au jardin d'agrément. Les adultes issus des lâchers se dispersent vite si les fleurs et les abris manquent, et l'effet ne dure qu'une saison. Vérifiez au minimum l'espèce vendue et refusez toute coccinelle asiatique. Installer des ombellifères, une prairie fleurie et un coin de feuilles mortes donne un résultat plus durable pour beaucoup moins cher.
Les coccinelles piquent-elles ou mordent-elles ?
Elles ne piquent pas. Certaines espèces, et surtout la coccinelle asiatique, peuvent pincer légèrement la peau avec leurs mandibules quand on les tient dans la main, sans conséquence. Dérangée, une coccinelle émet en revanche une gouttelette jaune et odorante au niveau des articulations : c'est un liquide de défense, qui tache les tissus clairs mais reste inoffensif. Mieux vaut la déposer sur une feuille plutôt que la saisir.
Les coccinelles qui entrent dans la maison en automne sont-elles un problème ?
Il s'agit presque toujours de coccinelles asiatiques, qui se rassemblent sur les façades claires et gagnent les combles ou les encadrements de fenêtres pour hiverner. Elles ne piquent pas et n'abîment rien, mais peuvent tacher les murs. Le plus simple est de les recueillir doucement, avec un verre et une feuille, et de les déposer dans un abri extérieur sec et non chauffé.
Les maisons à coccinelles servent-elles à quelque chose ?
Leur efficacité reste modeste, et elles sont souvent délaissées au profit des abris naturels. Une litière de feuilles mortes, une écorce décollée ou une touffe d'herbe sèche offrent de meilleures conditions d'hivernage. Un abri du commerce peut avoir un intérêt pédagogique ou compléter un hôtel à insectes, mais il ne remplace pas un coin de jardin laissé tranquille.



















