Le machaon : le reconnaître et nourrir ses chenilles
Le machaon ne pond que sur les Apiacées : fenouil, carotte, aneth, persil. Comment le distinguer du flambé, quelles plantes-hôtes semer, et les gestes d'entretien qui détruisent les chenilles et les chrysalides sans qu'on le sache.

Dans ce guide
Pour voir des machaons au jardin, il ne suffit pas de fleurs à nectar : il faut les plantes sur lesquelles la femelle pond. Le machaon (Papilio machaon) dépose ses œufs presque exclusivement sur des Apiacées — fenouil, carotte sauvage ou cultivée, aneth, persil, panais, angélique — ainsi que sur la rue officinale. Quelques pieds tolérés au potager, laissés monter en feuille et jamais traités, suffisent souvent à faire apparaître les chenilles dès la première saison.
Reconnaître le machaon, et ne pas le confondre avec le flambé
Le machaon est un grand papillon jaune pâle, marqué de nervures et de bandes noires, avec une bordure bleutée et un ocelle orange cerclé de noir à l'angle de chaque aile postérieure, prolongée par une fine queue. Son envergure va d'environ 6 à 9 cm selon les individus et la génération.
La confusion se fait presque toujours avec le flambé (Iphiclides podalirius), l'autre grand papillon à queues des jardins français. Les deux volent aux mêmes périodes et fréquentent les mêmes fleurs, mais tout les sépare dès qu'on regarde les motifs et, surtout, les plantes-hôtes.
| Machaon | Flambé | |
|---|---|---|
| Motif des ailes | Nervures et larges taches noires sur fond jaune | Bandes noires parallèles, en « zébrures », sur fond crème |
| Queues | Courtes, larges à la base | Longues et fines |
| Ocelle orange | Net, cerclé de noir, un par aile postérieure | Plus petit, souvent bleuté |
| Plantes-hôtes | Apiacées : fenouil, carotte, aneth, persil, panais | Prunellier, aubépine, arbres fruitiers à noyau |
| Où le chercher | Potagers, prairies fleuries, friches | Coteaux secs, haies de prunelliers, vergers |
La chenille, elle, ne se confond avec rien. Verte, annelée de noir et ponctuée d'orange, elle atteint 4 à 5 cm au dernier stade et se tient bien en vue sur les ombelles. Inquiétée, elle sort de l'arrière de sa tête un petit organe orange en forme de fourche, l'osmeterium, qui dégage une odeur âcre. Impressionnant, mais totalement inoffensif : cette chenille ne pique pas et ne provoque aucune irritation, contrairement aux chenilles processionnaires, auxquelles elle n'est pas apparentée.
Le cycle : deux générations et une chrysalide qui passe l'hiver
Le machaon produit en général deux générations par an en France, parfois une seule en altitude ou dans le nord, parfois trois dans le midi lors des années chaudes. Les adultes de la première génération volent de la fin du printemps au début de l'été, ceux de la seconde en plein été et jusqu'au début de l'automne.
Le déroulement est toujours le même :
- L'œuf, jaune pâle puis sombre, est pondu isolément sur une feuille ou une ombelle. Il éclôt en une à deux semaines selon la température.
- La chenille passe par plusieurs stades. Les premiers sont noirs, tachés de blanc, et ressemblent à une fiente d'oiseau ; les derniers prennent la livrée verte annelée. Elle se nourrit trois à quatre semaines.
- La chrysalide se forme sur une tige, un piquet, un mur ou un montant de clôture, maintenue par un fil de soie passé autour du corps. Elle est verte ou brune selon le support.
- L'hiver se passe au stade chrysalide. C'est le point décisif pour un jardinier : les machaons de l'année suivante sont déjà là, accrochés quelque part, immobiles, d'octobre à avril.
Les plantes-hôtes : la famille des Apiacées
Tout se joue sur cette famille, reconnaissable à ses fleurs en ombelle et à son feuillage finement découpé.
- Le fenouil, sauvage ou de jardin, est de loin la plante-hôte la plus utilisée. Un pied de fenouil bronze laissé en fond de massif fait très bien l'affaire et reste décoratif.
- La carotte, sauvage comme cultivée : quelques pieds laissés monter en fleur au potager nourrissent les chenilles et attirent ensuite une foule d'insectes sur les ombelles.
- L'aneth et le persil, souvent les premiers concernés dans un carré d'aromatiques.
- Le panais, le cerfeuil, l'angélique, la livèche, moins fréquents mais acceptés.
- La rue officinale (Ruta graveolens), seule plante-hôte notable en dehors des Apiacées. Sa sève est photosensibilisante : une manipulation au soleil peut provoquer des brûlures cutanées, donc elle se plante à l'écart des zones de passage et se taille avec des gants.
La règle pratique tient en une phrase : semer plus que nécessaire et accepter le partage. Trois ou quatre pieds de persil de plus que la consommation, deux carottes laissées monter, un fenouil en bout de planche, et les chenilles ne compromettent plus la récolte. Une chenille de machaon sur un pied d'aneth n'est pas un ravageur, c'est le papillon de l'été prochain.
Un mélange d'espèces locales apporte à la fois la carotte sauvage, plante-hôte, et les fleurs à nectar des adultes — centaurée, knautie, origan, marguerite. La méthode de semis et de fauche est détaillée dans semer une prairie fleurie mellifère.
Les fleurs à nectar pour les adultes
Le papillon adulte, lui, n'est pas difficile : il butine des fleurs bien exposées, à corolle accessible, et affectionne les points hauts du jardin. Origan, centaurées, knautie des champs, scabieuses, lavandes, sauges, eupatoire chanvrine, verveine de Buenos Aires, valériane des jardins et lierre en fin de saison sont parmi les plus visités. Le guide quelles plantes pour les pollinisateurs donne la succession complète sur l'année.
Une flaque de terre humide ou un coin de sable mouillé complète l'offre : les mâles s'y posent pour absorber eau et sels minéraux, un comportement facile à observer par temps chaud.
Les gestes qui détruisent chenilles et chrysalides
C'est ici que se perdent la plupart des machaons d'un jardin, souvent sans intention.
- Les insecticides, y compris ceux dits naturels ou d'origine végétale : ils ne font pas de différence entre une chenille de piéride et une chenille de machaon. Un traitement sur un carré d'aromatiques suffit à supprimer une génération entière.
- La coupe des tiges sèches avant le printemps. Les chrysalides passent l'hiver accrochées à des tiges mortes, des piquets ou des supports de clôture. Tailler, broyer ou brûler ces tiges en automne ou en hiver les détruit. Il vaut mieux laisser une partie du jardin debout jusqu'au printemps et différer le nettoyage à la fin du mois de mars.
- L'arrachage des fenouils et carottes montés en fleur, souvent fait par souci d'ordre en fin d'été, alors que les chenilles de la seconde génération s'y nourrissent encore.
- Le déplacement des chenilles. Une chenille posée sur un pied de persil n'a pas besoin d'être « sauvée » ni mise en boîte. Sortie de sa plante-hôte, elle ne retrouvera pas sa nourriture. De la même façon, une chrysalide se laisse là où elle est : il n'y a rien à faire d'autre que la contourner.
- Les tontes et débroussaillages rapprochés des bordures et des friches, qui suppriment à la fois les plantes-hôtes et les supports de chrysalide.
Un point d'honnêteté sur ce type d'abri : il s'adresse aux espèces qui passent l'hiver à l'état adulte, comme le citron, le paon-du-jour ou la petite tortue. Le machaon, qui hiverne en chrysalide, ne l'utilisera pas. C'est un aménagement utile pour d'autres papillons du jardin, pas pour celui-ci — ce qui aide vraiment le machaon reste les Apiacées, les fleurs à nectar et l'absence de traitement, comme le rappelle le guide un jardin favorable à la biodiversité.
Sources
Questions fréquentes
Sur quelles plantes le machaon pond-il ?
Presque uniquement sur des Apiacées : fenouil, carotte sauvage et cultivée, aneth, persil, panais, cerfeuil, angélique, livèche. La rue officinale est la seule plante-hôte notable en dehors de cette famille. Quelques pieds laissés monter en feuille suffisent à accueillir une ponte.
Les chenilles de machaon sont-elles dangereuses ?
Non. Elles ne piquent pas et ne provoquent aucune irritation. L'organe orange en forme de fourche qu'elles sortent derrière la tête quand on les dérange est un simple moyen de défense odorant. Il ne faut pas les confondre avec les chenilles processionnaires, qui sont urticantes et d'une tout autre famille.
Les chenilles vont-elles dévorer mon persil ?
Elles en consomment une partie, mais rarement au point de compromettre une récolte. La solution est de semer plus large : quelques pieds supplémentaires de persil, d'aneth ou de carottes laissés pour elles règlent le problème sans aucun traitement.
Où le machaon passe-t-il l'hiver ?
Au stade chrysalide, accrochée par un fil de soie à une tige sèche, un piquet, un mur ou un montant de clôture, d'octobre à avril environ. C'est pourquoi il vaut mieux différer la coupe des tiges mortes jusqu'à la fin du mois de mars plutôt que de nettoyer le jardin à l'automne.



















